« Il a contacté le père de mon fils »
Le tribunal judiciaire de Bordeaux abrite quotidiennement des audiences en comparution immédiate. Ce jeudi 15 février s’est tenue l’audience de M. Dubreuil, prévenu pour trois infractions ; incendie sur voiture avec substances explosives, violences et cyber harcèlement sur conjointe ou ex conjointe. L’audience du jour doit déterminer sous quelles conditions le prévenu attendra son prochain jugement. En détention provisoire ou en liberté ?
Le juge énumère les infractions dont est accusé le prévenu. Il donne des exemples de messages envoyés lors du cyber harcèlement : « grosse chienne », « sale pute », « je te mets des tartes dans ta gueule ». Le juge souligne qu’en cas d’incendie, une expertise psychiatrique doit être réalisée avant le procès. Aujourd’hui, l’objectif est de déterminer où le prévenu attendra ce procès.
Le prévenu présente sa situation actuelle, précédemment en famille d’accueil, il vit désormais chez sa mère depuis 2021. Il dit avoir déjà vu un psychiatre en 2013, lorsque ses parents se sont séparés. Il souhaite des soins psychiatriques, car il dit être alcoolique et fumer régulièrement de la drogue. « Le problème, c’est que j’avais arrêté, et au moment où cette personne est revenue, j’ai replongé », dit-il en évoquant son ex-conjointe, Mme Veine, partie civile qui est aujourd’hui dans la salle d’audience.
Le juge rappelle que le prévenu a déjà été condamné en novembre 2023 pour violence sur conjoint, en l’occurence Mme Veine. Il lui demande s’il a effectué le stage de sensibilisation aux violences conjugales qui lui avait été demandé de faire. « Non, j’ai pas l’argent » répond le prévenu.
Mme Veine se lève et s’adresse au juge après que celui-ci lui ai proposé. Elle explique devant la salle que le prévenu se poste devant chez elle, l’observe, l’insulte. « Il a contacté le père de mon fils. » Le prévenu soupire en balançant son visage de gauche à droite. Mme Veine rappelle que des mesures ont déjà été prises par la court, interdisant au prévenu de la contacter ou de l’approcher, mesures qui n’ont pas été respectées. « Lundi encore, il m’attendait sur mon parking. »
L’avocat du prévenu se lève alors, « En résumé, mon client est un odieux personnage. Est-ce que c’est vous qui avez écrit en premier à mon client ? ». Mme Veine répond « Oui, parce qu’il sonnait n’importe quand, il zonnait en bas de chez moi. » L’avocat sort alors des documents, des messages retranscrits « Avez-vous écrit à mon client ‘’tu me manques parfois’’ ? ».
Le président perd patience « Nous ne sommes pas là pour débattre des messages envoyés, si vous partez sur ce terrain je peux également y aller. »
L’avocat du prévenu s’assoit, l’avocate de la partie civile intervient « Je pense que le tribunal a compris à l’attitude de Mme Veine que l’angoisse était palpable. »
Le procureur se lève, il rappelle les condamnations préalables du prévenus et souligne un risque de renouvellement en ce qui concerne cette affaire : « Il est nécessaire qu’il aille en détention provisoire. »
Le juge demande aux avocats s’ils ont quelque chose à rajouter, l’avocat du prévenu se lève et souligne que « Mon client est victime de la vie, victime de parents particulièrement irresponsables. » Pour lui, ce manque de présence familiale a poussé le prévenu à se raccrocher à Mme Veine.
Le président demande au prévenu s’il a quelque chose a dire, « Je sais ce que j’ai fais, j’en ai totalement conscience, j’étais fou amoureux d’elle, et comme elle revenait vers moi… »
Le juge hoche la tête. Après délibération, la court a décidée qu’il serait plus raisonnable que le prévenu attende son procès en détention provisoire.