"Pourquoi pas eux ?" : Ces seniors qui veulent essayer le Rassemblement National

Devenu premier parti politique de France, le Rassemblement National continue d’attirer un nouvel électorat. Les seniors, barrage historique à l’extrême droite, se tournent de plus en plus vers le parti à la flamme. Entre communication, manipulation et propagande, le parti n’hésite pas à jouer sur les peurs des plus âgés pour les séduire.

«Il m’arrive de ne manger qu’un repas par jour». Clope au bec et café à la main, Alain regrette le confort financier que lui donnait son activité professionnelle. Malgré le torrent de pluie qui s’abat sur Libourne en cette fin octobre, le sexagénaire aux cheveux blancs reste toujours en tee-shirt. «J’aimais prendre ma voiture et partir là où je voulais, rouler des heures. Aujourd’hui, je ne peux plus, l’essence est trop chère».

Alain était tailleur de pierre, notamment sur les monuments historiques, avant d’être à la retraite. L’homme de presque deux mètres et à l’œil de verre allume une énième cigarette. Quand sa santé le lui permettait encore, il travaillait au noir, pour combler le trou laissé par son arrêt d’activité. Aujourd’hui, les allers-retours à l’hôpital sont plus fréquents, et il doit se contenter de 1 400€ par mois, contre 2 800€ il y a à peine cinq ans.

Josiane, 74 ans, installée dans son fauteuil ©Maëlle Mallet-Hardy

Un constat partagé à l’autre bout de la France, dans l’Aisne, par Josiane, 74 ans, qui touche une retraite de 1 100€ par mois. Installée à la table de sa cuisine, elle remonte ses lunettes sur son nez en soupirant. Avec son mari, Francis, elle ne sort jamais, «on ne peut pas se le permettre». Un sentiment amer la suit, «le marché est déserté, tout est trop cher. Tout est mort».

Alain, Josiane, Christine et Stéphane* flirtent tous avec le seuil de pauvreté, comme deux millions de retraités.

Au-delà des sorties, les habitudes changent, les courses sont moins importantes, les activités inexistantes. Parfois, les convictions évoluent aussi.
Le politologue Jean Petaux souligne que, d’après des études menées dans le Sud-Ouest depuis les années 80, «le niveau de vie et le pouvoir d’achat impactent forcément le vote. Les petits revenus se tournent plus facilement vers l’extrême droite».

Le seuil de pauvreté est fixé à 1 216 pour une personne seule par l’Institut National de la Statistique et des Études Économiques (INSEE.)  D’après l’association Petits Frères des Pauvres, ils seraient deux millions de retraités à vivre avec un revenu inférieur à ce seuil. L’association alerte, le nombre de retraités vivants sous ce seuil ne ferait qu’augmenter. En effet, en 2012, 7,05% des personnes âgées étaient en situation de pauvreté, contre 11% en 2022. À titre de comparaison, sur l’ensemble de la population, le taux de pauvreté était de 14,2% en 2012 et de 14,4% en 2022.

Alain n’a pas peur de la pluie, mais il lui arrive d’avoir peur de sortir. «Il y a 20 ans, tu pouvais te promener tranquillement le soir». Depuis les années 2000, et surtout depuis son arrivée à Libourne, il y a 12 ans, l’homme à l’œil de verre ressent une insécurité grandissante. Sentiment qu’il explique par de nombreuses altercations : «Mon immeuble est squatté par des dealers. J’ai essayé d’en parler avec eux, j’ai retrouvé ma voiture sans rétros le lendemain».

«L’insécurité est réelle» estime Théo Bouhier, responsable Rassemblement National Jeunesse (RNJ) de la sixième circonscription de Gironde. D’après lui, le taux d’insécurité à Mérignac a bondi de 28% depuis 2014. Même si, dans les faits, la délinquance a diminué depuis l’année 2000, l’insécurité reste un argument de campagne primordial pour le RN. D’après le président du parti, Jordan Bardella, il y a un «lien évident et documenté entre immigration incontrôlée et insécurité», expliquait-il sur le réseau social X le 22 octobre 2025.

Alain, 66 ans, vote RN depuis 2022 ©Maëlle Mallet-Hardy

En 2000, le ministère de l’intérieur recensait 1 695 266 personnes victimes de délinquance. L’année dernière, en 2024, elles auraient été 1 471 276. En effet, entre temps, la France a connu des années avec encore moins de victimes de délinquance, comme en 2017, où elles auraient été 1 278 125.  Depuis, l’évolution des crimes est globalement constante, et augmente, ou baisse, d’un pourcent par an pour la majorité d’entre eux. À titre informatif, ce sont les violences physiques qui ont le plus augmenté depuis 2016, avec une augmentation de 6% par an, et les vols violents sans arme qui ont le plus diminué, avec une baisse de 8% par an.

Les Français d'abord

Pour Alain, cette insécurité est effectivement causée par l’immigration. Il explique que c’est face aux «immigrés» qu’il se sent mal à l’aise. «Les seuls problèmes que j’ai eus depuis que j’ai 50 ans, c’était avec des gens d’Afrique du Nord». D’après lui, «six agressions sur dix, c’est des basanés». Alain ne sait plus d’où vient cette statistique, qui ne peut pas être officielle, puisque les statistiques ethniques sont interdites en France.

Dans un lotissement en Vendée, c’est une famille entière qui s’apprête à passer au dessert lorsque Stéphane*, 76 ans, fronce les sourcils. Adepte de la théorie du grand remplacement, il s’insurge lorsque la politique est évoquée et saisit l’occasion pour parler de la situation migratoire. «Les migrants prennent toutes nos aides». L’homme aux lunettes rondes et aux cheveux blancs argumente : «ils s’entassent dans les HLM, ils font plein d’enfants pour avoir les aides». Installé dans sa maison avec piscine, Stéphane* a parfois l’impression que les migrants lui prennent «ce qui lui est dû».

Un point de vue partagé par d’autres adhérents au RN. Christine, 66 ans, sucre son thé à la menthe. Installée à la petite terrasse d’un café à Mérignac, la sexagénaire, coupe au carré et veste en jean, déplore l’assistanat dont elle serait témoin. «Je travaille à la maison de la culture, qui vit des subventions. On attend un peu la bouche ouverte que ça tombe d’en haut. On a des migrants qui arrivent, c’est des gens à qui on donne beaucoup d’argent». Christine soupire, et conclut : «on ne peut pas accueillir toute la misère du monde».

Dans les faits, les migrants ne touchent pas plus d’aides sociales que les Français. Les immigrés clandestins ne peuvent aujourd’hui prétendre à aucune aide de l’état, comme le revenu de solidarité active (RSA). Les demandeurs d’asile peuvent quant à eux bénéficier de l’allocation de demandeur d’asile (ADA). Cette allocation s’élève à 207€ par mois pour une personne seule, pendant la durée de traitement de leur dossier, qui est en général de dix mois. En ce qui concerne les étrangers en situation régulière, ils peuvent prétendre au RSA, qui s’élève à 607,75€ par mois pour une personne seule. Cependant, cette allocation ne peut pas se cumuler avec d’autres aides financières, et les migrants concernés doivent, pour l’obtenir, respecter les mêmes conditions que les Français mais aussi posséder, depuis au moins cinq ans, un titre de séjour permettant de travailler en France. 

«La communication politique se fonde sur plusieurs leviers», explique Estelle Gentilleau, communicante en politique et présidente de l’association des professionnels de la communication en Nouvelle-Aquitaine (APACOM). Parmi ces leviers, celui de «la peur».

Une peur sur laquelle le parti n’hésite pas à jouer. Leurs derniers programmes, pour la présidentielle 2022 et les législatives 2024, se fondent surtout sur le rejet de l’immigration ou des idéologies islamistes. Estelle Gentilleau explique, dans cette dimension, que l’autre, «c’est le croque-mitaine. Tout ce qui vient à la marge n’a pas sa place».
Le politologue Jean Petaux appuie : «le RN a des thématiques politiques de sécurité, d’ordre, d’identité et de protection de l’héritage. Tout ce qui va à l’inverse va être perçu comme hostile».

En parallèle de leurs propositions identitaires, le RN se rapproche des Français avec des mesures qui concernent leurs préoccupations majeures ; comme le pouvoir d’achat, qui est la deuxième préoccupation des Français en 2024 (34%) d’après un sondage IPSOS.
Dans les faits, le groupe parlementaire du RN vote peu pour les propositions de loi qui vont dans ce sens. En 2022 par exemple, il a voté contre l’augmentation du SMIC à 1 500€ net mensuel.

Bêtes de scène

Apprendre à sourire, à comprendre l’implicite, à améliorer leur communication politique, le RN est adepte de l’exercice du media training. Yanis Ouadah, délégué régional du RNJ, raconte « j’ai mis en place des formations media training dans la région, pour former et préparer les militants aux prises de paroles».
Aujourd’hui, les membres du RN n’ont pas peur de s’exprimer devant des foules entières.

D’après le politologue Jean Petaux, ces prises de paroles «impliquent les Français, parce que la distance entre les politiques et l’électorat s’efface». Cette nouvelle proximité implique que «les militants sont plus dévoués à la cause qu’ils défendent. D’autant plus que le militant aime avoir un lien avec celui pour qui il s’engage». Alors, quand dans ses discours, le RN intègre directement ses électeurs, «si le pays tient encore debout aujourd’hui, c’est grâce à vous !» (Jordan Bardella), la distance s’efface un peu plus et c’est le lien qui se crée.

Entre la distance et le lien se trouve la peur. Jean Petaux estime qu’il y a «une forme de propagande» dans les discours du RN. Le parti ferait «appel au registre de la peur et de la frayeur […] plus par spontanéité que par stratégie. C’est cet élément qui rend leur discours encore plus réel». D’après lui, les membres du RN «vivent dans une réalité parallèle».

«Ils créent la peur pour incarner le refuge» estime Estelle Gentilleau. Dans ce sens, les discours du parti sur l’immigration sont, d’après elle, un moyen «de faire croire que, par essence, ils devraient être dangereux.» Cependant, la communicante en politique souligne qu’en contrepartie de ce discours, «ils n’apportent pas de solutions concrètes». Malgré cela, le RN continue de se développer et de séduire un nouvel électorat.

Apprendre à se vendre ne suffit pas. Alors, le parti apprend à adapter ses thèmes. «Le RN n’était pas très stable économiquement là où cette tranche d’âge [65 ans et plus] y prêtait plus d’attention qu’à l’aspect social et sécuritaire. Aujourd’hui, le RN fait attention à l’économie, ce qui peut plaire à cet électorat», explique Jean Petaux.
En effet, à Mérignac, Christine estime que «le RN aura une bien meilleure gestion des finances qu’Emmanuel Macron».

À travers ces métamorphoses, parfois subtiles, le parti à la flamme chercherait en réalité à renforcer la proximité avec les Français, estime le politologue Jean Petaux. D’après lui, «être proche des Français, c’est les comprendre. Et dans un sens, si vous les comprenez, c’est parce que vous êtes un Français comme eux».
À l’aube des municipales de 2026 et de la présidentielle 2027, «ce ne sont plus des gens qui font peur», s’inquiète Estelle Gentilleau. Elle souligne même qu’«on a envie d’aller vers eux».

Cravate bien droite

«En 2022, après les élections législatives, Marine Le Pen a demandé à son groupe [parlementaire] de venir bien habillé et de bien se comporter dans l’hémicycle» explique Estelle Gentilleau. D’après elle, cette demande rentre dans le cadre de «la stratégie de la cravate». Une stratégie de communication politique qui, comme l’explique le politologue Jean-Yves Camus dans une interview donnée à France Info, «vise à ce que les candidats et les élus du RN, par leur allure vestimentaire notamment, adoptent les codes du ‘mainstream’. C’est une tentative d’atténuation de la tonalité radicale de leur message».

Cette image n’est pas réelle. Elle a été créée à l’aide de l’intelligence artificielle (à la demande du cahier des charges de l’enquête).

Elle montre certains des arguments et expressions utilisés par le RN dans le cadre de la stratégie de la cravate et de la dédiabolisation du parti. 

Prompt utilisé : Créez une image réaliste avec un homme en costume cravate. il ne faut pas qu’on voit son visage. la photo doit être en plan serré et coupé en haut niveau du col de chemise. Sur la cravate doit être inscrite insécurité, On n’a jamais essayé et ni de droite ni de gauche. il faut que les écritures soient partout sur la cravate, donc écrit plusieurs fois.

Concernant les 65 ans et plus, la présidente de l’APACOM estime que la stratégie de la cravate fonctionne bien sur eux. «Les seniors ont besoin d’incarnation. Pour les femmes, ils les aiment gentilles, blondes, belles, comme Julie Rechagneux [candidate aux municipales de Bordeaux]. En ce qui concerne les hommes, ils aiment bien le genre gendre idéal. Jordan Bardella incarne bien cette image-là». La communicante en politique insiste, «On vote souvent à la gueule du client».

Sous la pluie, à Libourne, Alain confirme : «le RN est rempli de politiques propres sur eux. Ils représentent bien la France. Jordan Bardella, je l’aime bien, il est jeune et propre sur lui».
Quant à elle, Christine a une préférence pour Marine Le Pen, «c’est une battante».

La marée bleu marine

«Au niveau rural, le RN a fait ses preuves. Ça donne confiance pour le national», estime Christine en posant sa tasse sur la table. D’après la femme à la veste en jean, «le problème de la société aujourd’hui c’est l’individualisme».

Le RN l’a bien compris, et le parti a développé «une dynamique assez exceptionnelle», d’après Clément Vandecasteele, responsable adhérents du parti à Mérignac. Entre boîtage, tractage, marchés, collage et soirées avec les adhérents, dans la commune bordelaise, ce sont, d’après le responsable, jusqu’à trois actions menées par semaine.

Sur un territoire rassemblant 577 circonscriptions, le RN tient à avoir un élu de proximité dans chacune d’elles. Alors, au sein du parti, les élections sont rares. Chacun a sa place, qui lui a été attribuée par ses supérieurs. Clément Vandecasteele a été nommé à son poste à peine quatre mois après son adhésion au parti.
Christine rajoute de l’eau dans sa tasse en expliquant avoir pris sa carte d’adhérent dans «un acte de révolte» contre la peine d’inéligibilité de Marine Le Pen, en avril. Elle fait déjà «partie des petites mains» dans le bureau de campagne de Jimmy Bourlieux, délégué départemental de Gironde du RN.

Le parti se rapproche des Français. Le politologue Jean Petaux estime que le RN est un parti de «politiques plus mobiles et mobilisateurs que d’autres». Il analyse : «en France, on aime le contact humain. Les déplacements du RN pendant les campagnes font effet Tour de France qui marche très bien sur les Français».

La présidente de l’APACOM, Estelle Gentilleau, explique : «le premier canal de connexion dans la communication, c’est celui de la connexion directe, sur le terrain».
Parfois, le terrain ne suffit plus. Alors, les limites du privé sont franchies. Le RN s’invite chez vous.

Facebook comme terrain de chasse

Stéphane* sait que le RN se préoccupe de la France, parce qu’il les suit sur Facebook.

«Le but premier de la communication politique, c’est d’activer un levier émotionnel, de créer une connexion émotionnelle», explique la présidente de l’APACOM. Émotif, Stéphane* l’est. Lorsque sa petite-fille exprime son désaccord avec ses opinions politiques, le septuagénaire pose fermement son verre sur la table. La chaleur monte rapidement sur ses oreilles et ses joues et, bientôt rouge de colère, il s’emporte : «renseigne-toi mieux, vas lire ce qu’ils écrivent, écouter ce qu’ils disent et tu verras !»

«On ne dirait pas, mais les seniors sont de plus en plus sur les réseaux sociaux» estime Clément Vandecasteele.

 

Téléphone dans une main et cigarette dans l’autre, Alain ouvre l’application TikTok. «Moi j’aime bien, c’est drôle et parfois il y a de l’information dessus».

«À partir du moment où ça fait réagir, ça fonctionne» estime Théo Bouhier. Avec presque deux millions d’abonnés cumulés par le parti sur les réseaux sociaux Instagram, Tiktok, X et Facebook, peu importe ce qui va être posté, ce sera vu et partagé.

«Le RN comprend qu’il peut aller chercher les gens sur les réseaux sociaux», explique Estelle Gentilleau, alors «le parti travaille de plus en plus sur ces plateformes».

Le politologue Jean Petaux souligne que les réseaux sociaux, «donnent l’impression que le lien est direct». D’après lui, «c’est une forme de propagande très scientifique. C’est ni plus ni moins ce qui pouvait se faire avant avec de nouveaux moyens».

La baie vitrée d'Overton

Joseph P. Overton, politologue américain, a défini le concept de «fenêtre d’Overton». La fenêtre montre ce qui est acceptable, ce qui s’entend, ce que peut dire un politique sans prendre le risque de paraître extrême.

Aujourd’hui, la fenêtre d’Overton s’est déplacée vers la droite, ou l’extrême droite. D’après Jean Petaux, ce déplacement est «multifacteurs». Il analyse : «il y a une atmosphère de disparition des filtres, qui donne l’impression que toutes les paroles se valent. Ça entraîne une fausse rationalité. Les experts en rien estiment que leur parole vaut autant que celle des experts. Il y a aussi le degré de sensibilité général qui augmente. Tout va être perçu comme une agression lorsque ça ne l’est pas et en contrepartie, la violence objective est moins prise en compte. À l’inverse, il y a une vraie popularisation des comportements provoc. Ça s’est vu aux États-Unis avec Donald Trump, mais aussi en France avec l’arrivée d’Eric Zemmour. Le résultat : tout ce qui est moins extrême paraît acceptable».

Dans ce déplacement de la fenêtre d’Overton, Estelle Gentilleau souligne «l’impact de la sphère Bolloré, et notamment de CNews».

D’après Alain, l’ancien tailleur de pierre, «la télé, c’est beaucoup plus vrai qu’internet». Pour s’informer, le sexagénaire regarde CNews quotidiennement. De même pour Christine et Stéphane*, lequel estime qu’«eux au moins, ils disent la vérité».

«Si ce n’est pas le RN, c’est les idées du RN», souligne Jean Petaux concernant CNews. Considérée comme une chaîne d’information d’opinion, la ligne éditoriale -d’extrême- droite identitaire fonctionne de mieux en mieux. La chaîne a signé sa deuxième meilleure journée depuis son lancement le 11 octobre 2025 avec 6% des parts d’audience.

D’après la société spécialisée dans la mesure d’audience Médiamétrie, la moyenne d’âge des spectateurs de CNews est de 64 ans.

L'extrême d'aujourd'hui

Historiquement, le RN, ancien Front National, s’est toujours décrit comme un parti de droite. «Dès son apparition, le FN réfute le qualificatif d’extrême droite. Son positionnement politique constitue un enjeu pour cette petite formation qui entend s’afficher comme un parti de droite», explique Valérie Igounet, historienne et politologue, dans son ouvrage Les Français d’abord.

Toujours d’actualité, Marine Le Pen a affirmé, sur le réseau social X le 29 octobre 2025 : «Nous ne sommes ni de droite ni de gauche. C’est notre ADN, et notre identité».

L’ancienne «mélenchoniste», Christine, explique «Le RN est un parti patriote. C’est la France d’abord, la droite conservatrice».
De son côté, l’homme à l’œil de verre estime que le RN est un parti de droite. Il retrouve l’extrême dans «l’agressivité, comme chez LFI, ou Eric Ciotti. Le RN n’a rien d’agressif».

Dans les faits, le RN a toujours proposé une politique qui entre dans les courants de l’extrême droite, avec une prédominance des sujets basés sur le nationalisme, le conservatisme ou encore la xénophobie.
Le Conseil d’État, plus haute juridiction administrative de France, a d’ailleurs rappelé à deux reprises, en fin 2023 et début 2024, à la suite de demandes du RN : le parti est bel et bien d’extrême droite.

«Si tout n’est pas politique, tout peut le devenir» souligne Jean Petaux, concernant le meurtre de Philippine, datant d’octobre 2024. En parlant de récupération politique, le politologue explique «toute formation politique va retenir ce qui l’arrange. C’est du carburant, des arguments pour eux». Il détaille «le meurtre d’une femme blanche, tuée par quelqu’un visé par une OQTF, ça va conforter le RN dans le bien-fondé de leurs discours». Un événement isolé peut alors devenir un véritable argument de campagne.

Dans ces faits divers, «le RN implique son électorat. Ils ont l’impression d’avoir un rôle crucial à jouer dans la suite des événements». Le politologue souligne, dans ce sens, «le militant a une relation affectivo-narcissique avec son parti. Le peuple souverain a l’impression qu’il peut toucher sans filtre le roi».

À travers les discours, les rencontres, les réseaux sociaux et la télé, les seniors adhérents au parti se sentent donc impliqués, compris et parfois entourés. Sac à dos posé sur les genoux, Christine en sort son porte-monnaie en expliquant, «Moi j’aime bien faire les marchés, le tractage, du porte-à-porte». La sexagénaire coince un billet de cinq euros sous le cendrier posé sur la table ronde, en souriant faiblement ; «je prévois ma retraite à venir, je ne veux pas me retrouver sans rien faire».

Aujourd’hui, le parti à la flamme s’est forgé une place de choix au coeur de la politique française. Le parti a su lisser son image et se rapprocher des Français. Cependant, le politologue Jean Petaux met en garde : «la morale n’existe pas en politique, et encore moins chez le Rassemblement National. Ce qui est important pour eux aujourd’hui, c’est de gagner. Et l’élection suprême, c’est celle de la présidence de la République».

Prêt à tout pour gagner, en passant par le mensonge et la propagande, le RN profite aujourd’hui des faiblesses d’un public plus fragile que les autres, en laissant planer l’espoir d’une vie meilleure.

*Prénom modifié par souci d’anonymat

Teaser

📈Les seniors votent de plus en plus pour l’extrême droite.

Comment expliquer cette évolution ?
Comment un parti qui semblait inacceptable devient le premier parti de France ? 🔍

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