[Reportage] Parthenay : réseau de drogue insoupçonné au cœur des Deux Sèvres.

Parthenay pourrait être décrite comme une ville charmante, qui combine histoire médiévale et architecture par certains. Cependant ses habitants les plus jeunes, notamment les adolescents, la décrivent principalement comme ‘’étouffante’’ et ‘’toxique’’. Pour eux, cette toxicité vient du réseau de drogue de la ville.

Malgré les changements de saisons et l’affluence changeante sur les terrasses, la ville de Parthenay reste toujours la même pour les jeunes, celle du pouvoir qui est bien souvent détenu par les dealers de cette ville. N’hésitant pas à montrer leur présence et leur influence à travers des règlements de compte sanglants ou en faisant jouer l’argent qu’ils se font à travers leurs ventes. ‘’Je me rappelle très bien, il y a quelques mois, Jules* a sorti son taser sur le parking de l’American pour éloigner un mec qui l’avait soulé pendant la soirée, témoigne Léna*, 17 ans, il avait été viré [de la boîte] pendant quelques semaines, mais comme il claque un smic tous les week-ends là-bas, ils ne pouvaient pas prendre le risque de perdre un aussi gros client.’’

Derrière la grande porte sécurisée par un code dans une petite rue tranquille, il parait impensable de trouver une arme de poing et une quantité indécente de marijuana. Et pourtant, c’est bien ici, dans une rue en périphérie de Parthenay, qu’habite l’un des dealers les plus demandé de cette commune. Habitant encore chez ses parents, notaires tous les deux, Jules* s’est créé un véritable antre dans son garage.

Plusieurs sachets de cannabis sont posés sur des palettes de bois empilées les unes sur les autres, une petite balance de cuisine électronique se trouve entre eux et une batte de base ball sur le sol. Les liasses de billets accumulées ne se trouvent pas ici, mais dans sa chambre, dans un des tiroirs de sa commode et c’est dans sa nouvelle voiture, qu’il a pu s’offrir récemment, que se trouvent une cagoule, un 9 millimètres, un taser et les pochettes des prochaines livraisons qu’il doit effectuer.

Jules*, 22 ans, le sait et l’avoue, il n’aurait pas eu besoin de ‘’toucher à ça’’ pour vivre une vie paisible et confortable. Au vu de la situation de ses parents, il sait pertinemment qu’il aurait eu accès à de bonnes études, seulement, il confie également qu’il ‘’a besoin d’adrénaline’’ et que ‘’savoir que les gens le connaissent et ont peur de lui, ça lui fait du bien’’. 

Une course à l’argent facile.

Il n’est pas le seul à vendre de la drogue dans cette petite ville, les dealers se multiplient et le marché devient ‘’de plus en plus difficile à gérer’’. L’un est réputé pour vendre de la drogue qui fait plus effet, l’autre une qui est moins cher et encore un autre se déplace à domicile. Leur objectif n’est jamais le même, l’un souhaite payer les soins dont sa mère a besoin, l’autre veut du pouvoir et encore un autre de l’argent facile. Cependant, leurs pratiques se ressemblent toutes. Echange de drogue sur le parking d’une crèche ou devant un bar, menace lorsque l’argent n’est pas là et coup de pression ou de poing quand le compte n’y est pas.

‘’Même les gamins de 14 ans fument tous les jours’’

Pour que les dealers aient autant de succès, il y a des acheteurs derrière. Ils sont nombreux. ‘’[A Parthenay] tous le monde fume, il suffit d’aller en boîte, ils sont tous défoncés, même moi.’’ Confie Lucas*, 20 ans. Mais les conséquences de cette addiction quasi-collective ne s’arrêtent pas à la dépendance. A force de ‘’traîner dans des trucs louches’’, le frère de Léna* s’est retrouvé à l’hôpital à la suite d’un règlement de compte : ‘’[Mon petit frère] j’ai cru qu’il allait mourir, ils l’ont planté et il a fini à l’hôpital à cause de ces conneries.’’

Le ras-le-bol collectif des jeunes de la ville se fait ressentir. Après une sortie de boîte, Hugo*, 19 ans, se confie : ‘’J’ai qu’une envie, c’est de passer mon permis le plus vite possible et me casser de cette ville de merde.’’ Selon eux, l’ambiance est ‘’oppressante’’, les rumeurs ‘’trop présentes’’ et la ville n’est ‘’pas du tout intéressante’’.

*prénoms modifiés par souci d’anonymat.

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