« Faire entrer le braille à l’UNESCO, c’est comme lui donner un oscar et le prestige qui va avec »

Après presque 40 ans d’engagements militaires et sociaux, Joël Hardy profite de sa retraite pour s’engager dans la vie associative et plus particulièrement le braille. Après avoir fait entrer l’usage et l’apprentissage du braille au patrimoine immatériel français, son souhait aujourd’hui est de le faire entrer au patrimoine culturel immatériel de l’humanité à l’UNESCO.

Quel est votre lien avec le braille ?

Au cours de l’année 2000 mon épouse, Christine Hardy, a fait une lourde chute de vue qui nous a inquiété. Nous sommes allés voir beaucoup de médecins à Niort, Nantes puis Paris avant d’apprendre qu’elle avait des nerfs optiques mal formés. C’est là qu’on nous a dit qu’elle pouvait devenir aveugle à tout moment. Après 10 ans de déni pendant lesquels elle profitait de ce qu’elle pouvait encore voir, Christine a décidé d’apprendre le braille pour se préparer à l’éventualité de perdre complètement sa vue. C’est elle qui m’a fait découvrir le braille. C’est comme ça que j’ai découvert le génie qu’était Louis Braille.

Pourquoi cela vous paraît aussi important de faire entrer l’apprentissage et l’usage du braille au patrimoine culturel immatériel de l’humanité à l’UNESCO ?

Donner un statut au braille, son apprentissage et son usage, c’est en faciliter l’accès. Le but est de sensibiliser et mobiliser le public. Les mobiliser sur la lecture, l’écriture et l’accès à la culture pour tous. Certes aujourd’hui, les aveugles et malvoyants peuvent avoir accès à des moyens « confort » par l’oralité, comme la lecture de SMS automatique sur leur téléphone, mais ce confort les éloigne de la simplicité pure qu’est l’écriture et la lecture. J’espère aussi sensibiliser d’un point de vue émotionnel le public, par ce qu’il faut non seulement que l’environnement d’un aveugle s’adapte à son handicap mais il faut aussi réaliser que le braille, c’est l’autonomie pour tous les aveugles.

Depuis combien de temps durent les démarches pour faire entrer l’apprentissage et l’usage du braille à l’UNESCO ?

Il faut noter qu’avant qu’un dossier puisse être présenté à l’UNESCO, il doit d’abord être validé à l’échelle nationale. Le dossier que j’ai commencé à écrire fin 2020 a été validé par le ministère de la culture française en juin 2023, ce qui a fait entrer l’apprentissage et l’usage du braille au patrimoine immatériel français. Le deuxième dossier, destiné à l’UNESCO a été lancé le 17 septembre 2023 par le ministère de la culture. C’est là que Madame Lily Martinet, chargée de mission pour le patrimoine culturel immatériel français, m’a dit que la prise en charge du dossier et son passage à l’UNESCO pourrait prendre jusqu’à 10 ans. Heureusement, nous sommes en relation avec l’Allemagne et allons donc proposer un dossier groupé avec eux. Les dossiers internationaux sont généralement traités plus rapidement, entre 3 et 5 ans. Je pense qu’on pourra le faire valider d’ici 2026 ou 2027, même si j’aimerais que le dossier soit validé en 2025, pour le bi centenaire du braille.

Qu’est-ce qui vous attend pour la suite ? Qu’avez-vous de prévu en lien avec cette démarche ?

Le rendez-vous le plus important qui nous attend avec Christine, mon épouse, est le 8 février au ministère de la culture. Nous allons voir Madame Martinet mais aussi Monsieur Pascal Aymard, inspecteur pédagogique des établissements spécialisés. Nous parlerons de la démarche administrative du dossier. 

En parallèle, avec Christine, nous continuons les sensibilisations au braille, que ce soit dans les communautés de commune, les écoles, auprès de professeurs lorsque nous sommes demandés. Je suis aussi en contact avec Louise Maymombo Kotso, une étudiante malvoyante qui était venu à Rennes pendant un temps avant d’être rapatrié au Gabon. Nous échangeons sur la possibilité de construire une école spécialisée pour la prise en charge des enfants aveugles au Gabon.

Qu’est-ce que vous attendez de ce statut à l’UNESCO ?

J’attends surtout que le public reconnaisse et utilise le braille. J’ai déjà le sentiment que l’inscription au patrimoine français et la possibilité de le faire entrer à l’UNESCO attire une mobilisation et une reconnaissance du braille. J’ai l’impression qu’il y a plus d’actions mises en place pour cette écriture. Le faire entrer à l’UNESCO, c’est comme lui donner un oscar et le prestige qui va avec.

Aujourd’hui, 85% des aveugles et malvoyants ne savent ni lire ni écrire le braille et seulement 15% savent l’utiliser. Mon secret espoir est d’inverser ces chiffres.

De quel monde rêvez-vous pour les aveugles et les malvoyants ?

Je me demande surtout de quel monde on peut rêver où les voyants et les malvoyants vivent en harmonie dans un même monde. L’exemple parfait selon moi est celui d’Haben Girma. Avocate, sourde et aveugle, diplômée d’Harvard. Elle et son transcripteur ont montré une harmonie parfaite dans l’interview qu’elle a donné à la chaîne King 5 Seattle. L’harmonie se trouvera, ce n’est qu’une question de moyen qu’on se donne.

Pour en savoir plus sur le braille :

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