Mimétisme et maximalisme s’invitent au Musée des Beaux-Arts

Une nouvelle exposition s’invite au Musée des Beaux-Arts de Bordeaux du 24 avril au 28 octobre 2024. Une rétrospective de l’artiste Valérie Belin.

Ce sont 116 œuvres qui sont exposées dans la galerie du Musée et 11 œuvres présentées en correspondance avec des tableaux du Musée. Une grande première pour Valérie Belin qui, après être passée par les plus grands musées du monde, s’arrête quelques mois à Bordeaux. Intitulée « Les vision silencieuses », les œuvres présentées font pourtant beaucoup de bruit.

Reparties sur trois étages, c’est une trentaine de séries et en tout 116 œuvres, produites des années 90 à 2023 qui sont présentées au Musée des Beaux-Arts de Bordeaux. Déjà connu et reconnu pour son travail, l’artiste Valérie Belin est spécialiste de la photographie plasticienne. Malgré le cadre de rétrospective, Sophie Barthélémy, directrice du musée, estime que le but premier est de « montrer les œuvres qu’elle considère comme les plus emblématiques de sa carrière. »

« L’ensemble de mon travail parle de cet envahissement des objets »

Dans cette nouvelle exposition elle présente, entre beaucoup d’autres, sa dernière série, intitulé « Lady Stardust », réalisé en 2023. Pour l’artiste, cette série représente la « métaphore d’une femme qui atterri sur la Terre sans savoir où elle est. C’est un mélange dans un monde urbain et chaotique. Il y a une notion de mélange et de contraste entre un monde urbain, où il n’y a plus rien d’organique et un corps humain. » D’après elle, tous ses travaux ont un certain lien entre eux, notamment la présence des objets parfois envahissante dans quelques un de ses travaux. « L’ensemble de mon travail parle de cet envahissement des objets. »

L’appétence de l’artiste pour les portraits féminins se dessine au rez-de-chaussé. Lors de la réalisation de ces œuvres, Valérie Belin avoue qu’elle a l’habitude de « tirer mes modèles à quatre épingles, afin qu’elles correspondent aux stéréotypes de beauté, elles ne sont rien de plus que des modèles. C’est lors de la postproduction que je redonne vie aux femmes à qui j’ai quelques peu enlevé la vie, grâce aux couleurs travaillées, au collage, au rajout de pièces et d’éléments. »

C’est lors de la montée des escaliers que la compréhension devient plus complexe. Le passage de portraits de femmes, entourée d’objets, de couleurs, d’images et collages à des images de miroirs, de portraits sur fond blanc ou encore de voiture accidentée, peut être perturbant. C’est à cet étage que l’artiste se dévoile, qu’elle expose l’étendu et la polyvalence de son travail. Valérie Belin montre alors un tout nouvel intérêt, et une toute nouvelle manière de faire. C’est ici qu’elle se concentre sur les aspects simples des modèles qu’elle a pu rencontrer. Elle le dit elle même « Pour moi, le plus important est d’être au plus près de la vérité de mes modèles. » L’artiste n’hésite pas à toucher à tous les aspects qui l’intéresse, l’intrigue, la polyvalence de son travail représente la polyvalence de son esprit.

Valérie Belin avoue que, pendant longtemps, elle n’a photographié que des objets, souhaitant rester loin de la représentation humaine, mal à l’aise avec cette idée. Elle se concentrait alors sur des objets dont la matière l’intéressait, dont l’esthétique l’attirait. La transition entre le monde des objets, des non vivants et le monde humain s’est fait lors de sa série sur les bodybuilders. Elle explique que, pour elle, ces personnes avaient « la même lumière qu’il y a sur des objets, mais sur des corps. La brillance de leur corps et l’aspect complet ressemblait à un métal. »

L’envie de ressembler à quelqu’un qui ne ressemble pas à lui-même

L’artiste a d’ailleurs développé un lien avec le mimétisme, elle s’est longtemps intéressée à l’envie de devenir quelqu’un d’autre. « On est dans une société très mimétique où on veut ressembler à l’autre, à force d’agir comme ça, on se perd, et c’est là que ça devient dangereux. »

Au sous-sol, bien loin des représentations humaines, des portraits ou des clichés d’objets uniques, l’artiste expose ses natures mortes. Entre abondance de plastique, paniers de fruits ou encore intérieurs d’habitations, Valérie Belin a voulu jouer avec les couleurs, même avec les natures mortes. Mais son but principal était de montrer un aspect de cerveau saturé, rempli de plastique, de tous les objets qui sont constamment présents, étouffants. « Dans notre société, il y a une profusion d’objets qui n’ont pas de sens, qui ne servent à rien, mais qui sont tout de même partout. »

Donner vie aux objets inanimés

Si elle devait décrire son travail, Valérie Belin dirait qu’elle a essayé de « Donner vie aux objets inanimés, et de représenter les Hommes comme des objets. » D’après elle, « c’est un travail immédiat, il n’y a besoin d’aucune connaissance pour le voir, mais il faut du temps pour le comprendre et s’intéresser à toutes les couches de l’image. »

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