Pourquoi le gouvernement et les associations ne sont jamais d’accord sur le nombre de féminicides commis ?
Aujourd’hui, nous savons tous ce qu’est un féminicide, des associations féministes ont même fait de la lutte contre les féminicides leur principal combat. Alors pourquoi les chiffres donnés par le gouvernement et ceux donnés par les associations féministes ne sont jamais les mêmes ?
Le féminicide est défini comme l’homicide volontaire de femmes au simple motif qu’elles sont des femmes. Le féminicide peut être intime, conjugal ou non, commis pour l’honneur ou encore pour la dot, dans certains pays. Cet acte est donc profondément discriminatoire et fondé sur la misogynie. Anne Cécile Mailfert, présidente de la fondation des femmes, le décrit même comme « […] un crime machiste. On est sur un crime par ce que la victime est une femme et que l’homme est un homme dans cette société patriarcale. »
En 2023, le gouvernement a décompté 94 féminicides, alors que les chiffres des associations vacillent entre 102 et 134 victimes pour l’année 2023. L’association #NousToutes s’est exprimé sur cette différence de chiffres : « Les chiffres, ce sont des éléments clé dans la lutte contre les violences faites aux femme. […] Derrière le terme féminicide se cache un meurtre genré. Une femme est tuée car elle est une femme. Dès lors, restreindre le décompte aux seuls féminicides conjugaux revient sciemment à en réduire le nombre et à invisibiliser une partie des victimes. » En effet, sans chiffres concret, qui sont objectifs et réels, les citoyens ne peuvent pas réaliser l’ampleur de la misogynie et de ses conséquences lorsque celle-ci est poussée à bout.
La raison mise en cause pour cette différence de chiffres : d’après les associations féministes, le gouvernement a uniquement pris en compte les féminicides commis dans la sphère conjugale, que ce soit par un compagnon ou un ex compagnon. Le collectif « Féminicides par compagnon ou ex » pense que le ministre de la justice a omis quelques victimes et que les victimes qu’il n’a pas pris en compte sont notamment « Celles dont les enquêtes ne sont probablement pas terminées ou les femmes âgées, qu’un conjoint ou ex-conjoint a tuées par « grandeur d’âme ». Il a peut-être supprimé les affaires pour lesquelles il n’y a pas d’action judiciaire, car quand l’auteur des faits se suicide, il n’y a pas d’action judiciaire. »
Le collectif dénonce une « opération de communication » et s’attend à un chiffre « plus élevé » au mois de juillet, date à laquelle le ministère de l’Intérieur donnera, comme chaque année, le décompte officiel des féminicides 2023.
L’ancienne ministre Marlène Schiappa s’est félicitée de la « baisse considérable » qu’a connu le nombre de féminicide pour l’année 2023. D’après eux, 94 femmes ont été tuées pour la simple raison que c’étaient des femmes. À titre de comparaison, 90 personnes ont été tuées lors de l’attaque terroriste du bataclan.
L’idée que le gouvernement puisse aujourd’hui se féliciter d’un nombre de meurtres, qui ont tous été motivés uniquement par de la haine de genre insurge un bon nombre de féministes. À noter qu’au 28 février, l’association #Noustoutes dénombrait déjà 31 féminicides soit un féminicide tous les deux jours. À ce rythme, à la fin de cette année, on pourrait dénombrer 183 mortes.